La liberté d’expression n’existait pas, pas plus que la liberté d’entreprendre. La rue se révoltait et décembre 59, l’affaire des tricots, l’affaire Marny, sont les illustrations les plus marquantes, tandis que l’ordonnance de 1961 déportait ou renvoyait les fonctionnaires ne fonctionnant pas dans le bon sens …
Le discours de la gauche martiniquaise s’appuyait sur des concepts idéologiques notamment : « le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » le refus « de vendre son âme pour un plat de lentilles » et, bouquet final : la dignité martiniquaise.
Depuis, beaucoup d’entre nous ont compris que les peuples libres ont certes le droit de disposer d’eux-mêmes mais …à l’intérieur d’un ensemble soumis aux règles impitoyables de l’économie. Quand à vendre son âme pour un plat de lentilles, nos jeunes s’affirment désormais producteurs et vendeurs de plats de lentilles, tandis qu’ils remarquent que la dignité le ventre vide n’existe pas en énumérant des pays disposant d’eux-mêmes mais … aux mamans acculées à proposer les charmes de leur fille ou de leur fils à des salopards gros et gras en tourisme sexuel. Ce constat, simple constat d’huissier, veut-il dire que le Martiniquais doit se satisfaire de son sort en hurlant un « Vive la France » inconditionnel bête et méchant comme la droite épigone des années soixante dix qui, désespérément, à travers les momies figées de l’histoire, tentent de revenir sur le devant de la scène en agitant son fonds de commerce, la peur du largage ?
Bien sûr que non !
Mais, peut-on donner un blanc-seing à ceux qui ont certes, talentueusement démontré le carcan étouffant d’une gestion parisienne aveugle qui fait fi de ce que la droite appelle les spécificités et la gauche l’identité martiniquaise, mais qui n’ont point encore expliqué le quotidien du présent et du futur de la Martinique choisissant l’article 74, plutôt que l’article 74 ?
La démangeaison de dire un oui puis puissant et massif mais on hésite. Nos élus de gauche sont responsables de cette hésitation. Et je nous sens à l’affut d’un autre prétexte genre « chatansac » pour dire Non. Car prétexte c’était !
POURQUOI CETTE HESITATION ?
Peut- être parce que, comme affirmé plus haut, que les concepts idéologiques ne suffissent plus pour convaincre. Que nous attendons des élus, démonstrations claires à partir de théories et de stratégies crédibles de la gestion d’une Martinique choisissant le 74. Et quelle meilleure démonstration qu’une bonne leçon de choses à travers des voyages d’études organisées, non plus dans des pays lointains, mais dans des pays qui ont déjà l’expérience du futur que l’on nous propose. En l’occurrence, Saint-Martin et Saint-Barth. Voyages d’études, certes pour quelques élus également mais … en éliminant d’emblée, les professionnels des voyages aux frais de la princesse, pour les réserver : aux étudiants, aux enseignants, aux chefs d’entreprise, aux représentants des quartiers de toute la Martinique, quel que soit le bord politique…
La démonstration par l’exemple, quoi !
Peut-on éviter, meilleure démonstration lorsque l’on croit sincèrement dans une Martinique autonome ? Ce serait, à mon avis, plus efficace que des tonnes de discours dans une Martinique où même la nouvelle droite, car nouvelle droite il y a, est intéressée par le discours de la responsabilité. Ne pas réussir à convaincre des électeurs qui ne demandent qu’à l’être c’est permettre à l’ancienne droite, que l’on croyait enterrée, de refaire surface et de marteler de nouveau les rues , les mornes, et les campagnes avec les litanies habituelles à savoir : finies les allocations familiales, la Sécurité Sociale, les doucines en France etc. C’est discours qui, une énième fois, peut faire recette, sauf si les adeptes de l’évolution statutaire croient en leur propre discours et passent à la contre-offensive.
Tony DELSHAM