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ILS SONT FOUS CES MARTINIQUAIS

ARCHIVE : La semaine passée, comme un seul homme, ou comme une seule femme, dans un énième sursaut d’agonie, rôdé par une quarantaine d’années d’expérience, le monde de l’entreprise, est passé à la contre-offensive. Mais nos chefs d’entreprises, petits, gros, moyens, nous ont dit ce que nous savions déjà : Tout va mal, tout coule. Sarkozy, lui aussi, le savait déjà et il avait répondu : Je sais, vous proposez quoi ?

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Y-A-T-IL UN PEUPLE MARTNIQUAIS ?

 
Notre photo : Tony Delsham et Aimé Césaire.  
 En 1972, date de mon arrivée dans le monde des idées, un débat faisait rage entre le Parti Progressiste et le Parti Communiste. A la Martinique existait-il un peuple en formation ou un peuple en déformation ?  Peuple en déformation disait le P.P.M. En devenir, en formation, rétorquait le P.C. Jusqu’au jour ou René Mesnils, mit fin au débat en concluant dans le journal Justice qu’à la Martinique, existait bien un peuple. L‘avait-il déjà dit auparavant, et autre-part ? Je n’en sais rien, mais j’ai parfait souvenir de cette parution dans l’hebdomadaire communiste. Ce sujet fut traité dans mon essai, Cénesthésie et l’urgence d’être, paru en 2005.
 
Extrait : Nous avons, nous autres Martiniquais, au moins une certitude : notre cursus est d’une extrême originalité. Déracinés de l’Afrique, déracinés, de l’Europe, et, dans une proportion moindre, déracinés de l’Inde,   nous en sommes encore à nous interroger sur nous-mêmes, à gémir chacun dans notre coin. D’ailleurs, j’ai le plus grand mal à écrire «  nous autres Antillais » «  notre cursus » « nous-mêmes » «  notre coin » ;
Riches, en principe, de quatre siècles de vie commune avons-nous quelque chose en commun ? Oh à l’évidence, oui ! Quelque chose de très fort, de passionnée, de violent, de…  mortelle. Comme le sont l’amour et la haine. En dépit de destins qui semblent parallèles, nègres, békés, Indiens et dérivés arrivent tout doucement vers une convergence d’intérêts révélée partiellement par la consultation du 7 décembre 2003, même si le résultat ne fut pas celui attendu par les partisans d’une évolution statutaire. Pour l’heure, nous sommes encore enfermés dans un dramatique verbiage où chacun y va de son diagnostic quant à notre état mental et où les concepts, les formules, les mots, se télescopent, illuminent l’activité intellectuelle sans influence aucune sur le cours des évènements. Le drame des Antilles se résume, sans doute, dans la supplique qu’un élu indépendantiste martiniquais   adressa à ses collègues, lors de la séance plénière du Congrès du 10 avril 2003, leur demandant d’adopter deux motions. L’une,  «  tendant à la reconnaissance du peuple martiniquais » l’autre « tendant à la reconnaissance de la nation martiniquaise ». Les causes de notre désarroi sont donc limpides : notre acte de naissance s’est fourvoyé dans les errements de l’Histoire avant de s’être imposé à quiconque, surtout pas à nous-mêmes. Les Corses, comme nous, consultés sur l’évolution statutaire de leur pays, n’avaient pas auparavant   voté de motions semblables.
 Et pour cause !                                                                                                
Aux cours des années précédentes ils avaient tout simplement rappelé au gouvernement, par des bombes et par des manifestations de force que, dès après la fusillade de Aléria en 1975, ils s’étaient de nouveau hissés au rang de peuple, au rang de nation   refusant désormais toute phagocytose. « A l’époque des Phocéens, nous devions être en concurrence avec Marseille ; sous l’Empire Romain, Aléria était une petite capitale de province » aime à préciser Jean-Claude Ottaviani, conservateur du Musée d’Archéologie d’Ajaccio[1] 
 L’incapacité des français à neutraliser les nationalistes armés, signifie nettement que si une forte majorité de Corses réprouve la méthode, lui préférant la stratégie démocratique jusqu’alors employée par les autonomistes, l’affirmation de fond est largement partagée. En effet, l’échec d’une puissance coloniale se nourrit toujours du refus du pays colonisé de disparaître en tant que tel. A l’inverse, le succès de la puissance coloniale n’est possible que grâce à la   collaboration active et totale du colonisé.
Ce qui est notre cas.
 Car,  en dépit de gesticulations de circonstance très souvent générées par un sentiment d’exclusion au profit d’une minorité dominante, il faut bien reconnaître que, ni l’engouement collectif du tinin lanmowi, ni le zouk, ni même les traces lointaines à savoir : « le bestiaire des contes, le tambour, le masque et le costume du diable rouge, quelques lexèmes, quelques figures symboliques », signalé par Jerry L’Etang dans son essai sur la périodisation de la créolisation, et qui meublent notre mémoire à la manière d’une maladie récurrente, n’ont suffit à l’émergence d’un sentiment national, d’une identité clairement assumée. A la Martinique, les notions de peuple et de nation sont donc, d’abord et avant tout, prises de position intellectuelle et non étincelle ravivée par un peuple désormais assez fort, militairement et culturellement pour redonner sa place à la mémoire un instant étouffée des ancêtres,   réhabilitant ainsi ses dieux et ses héros, niés par le colonisateur.
     L’esclavagiste n’entendait importer que le corps de l’esclave. Il y a expurgé, fouet à la main,   toute trace d’humanité. Il a perturbé grâce à sa bible, parfois jusqu’à l’effacement, toute filiation mythologique d’avec le pays d’origine .Aux Amériques, de même que dans les îles avoisinantes, ce mécanisme fut également la règle mais ne délogea pas toujours le passager clandestin que devient la mémoire collective lorsque le corps est détourné de sa voie seigneuriale. C’est l’exemple d’Haïti où le souffle atavique de l’Afrique, en dépit des répressions, résista et s’adapta en ces terres inconnues. Deux faits, à mon avis, expliquent cette réussite : d’abord de très fortes concentrations d’Africains de même origine ethnique en un même lieu permit l’union, base de la force. Ensuite, la superficie et la géographie de cette grande île autorisèrent l’acte de guerre, soudant ainsi une nouvelle nation : la première nation noire, hors des frontières du continent Africain ! Celle-ci ajusta ses cultures d’origine à son environnement nouveau. Il y eut donc une homogénéité de la pensée, née de souffrances communes pendant la période de l’esclavage mais, surtout,  victoires communes. Eclats royaux qui donnèrent confiance et fierté à des groupes d’hommes, à l’origine disparates et déracinés, dont le seul point commun était leur peau noire. Que la nouvelle nation se dévoya dans l’horreur de la dictature et du macoutisme est un autre chapitre.    
    La Martinique ne bénéficia   ni de l’atout du nombre, ni d’une superficie et d’une topographie favorables. Et, suprême handicap, aucun des groupes nègres, békés, gens de couleurs libres, indiens jamais, ne constitua entité structurée, homogène et animée d’un objectif qui aurait été une guerre de libération nationale ou même, plus modestement, l’émergence d’une région peuplée d’hommes d’origines diverses, mais de même connivence et réunis en un seul bloc, car rapprochés par une convergence d’intérêts.
   En réalité, contrairement au groupe des noirs et au groupe des gens de couleur libres, abouchés dès leur arrivée à cette matrice nouvelle et incertaine qu’était la Martinique, le groupe des blancs, toujours, bénéficia de la maturité et du savoir faire de son pays d’origine qui, à travers ses gouverneurs et son administration civile, militaire et religieuse, concoctait les stratégies et, au grès de ses expérience, peaufinait les mécanismes de domination. Suprême habileté, les dirigeants de ce pays d’origine, la Monarchie d’abord, la République ensuite, réussissaient l’exploit d’apparaître comme des sauveurs attentifs aux souffrances des esclaves et des gens de couleur libres. Calamités qui n’existaient, bien sûr, que parce le gouverneur, ou le préfet, ne respectait pas les lois du pays des droits de l’homme. Bien entendu, ces derniers n’étaient, à de rares exceptions, que fusibles complaisants et aux ordres. Les disfonctionnements trouvaient en eux coupables idéaux. D’où, de la part des esclaves et des colonisés, une hystérie de la reconnaissance envers «  le bon roi » ou « envers la généreuse mère patrie» réparant les injustices locales. D’où les suppliques permanentes de ceux qui se sont persuadés que l’ennemi ne se trouve pas à Paris, mais bien à Fort-de-France et à Pointe à Pitre. Le terme « ennemi » depuis 1981 est sans doute impropre, peut-être serait-il plus juste d’écrire : le décideur. Or le décideur, englué dans une géopolitique mondiale, a d’autres chats à fouetter que de se soucier, par le menu détail, des préoccupations de gens qui, en préalable, s’affirment français à part entière. Alors, les questions angoissées du quotidien ne reçoivent que les réponses mécaniques d’une gestion propre à un ensemble que l’on ne remet pas en cause. Et, quand un nationaliste martiniquais de ce début du siècle parle de lui, il déclare avec tristesse : «  Le 22 Mai 1848, nous avons brisé nos chaînes, mais nous sommes encore esclaves dans notre têt et   nous sommes victimes du neg kont neg »
   Au lendemain de la consultation du 7 décembre 2003, la Martinique semble se complaire dans une véritable apathie. Il n’y a plus de concept galvanisant. La Négritude est essoufflée. La Créolité, mayonnaise insolvable, cantonné à un genre littéraire n’a pas pris la relève, la koulitide  fait désordre, la zoreillitude attend son heure, le Tout-Monde, ne nous a pas attendus.  
 
 Tony DELSHAM
 
« Cénesthésie et l’urgence d’être » est disponible en librairie.


[1] Le Monde du 06.08.03

 
  Sommaire 

 
AN TAN ROBE

An tan Robè. Robè pour Robert. L'amiral Robert est, durant la dernière Guerre mondiale, le représentant tout puissant de la France occupée, aux Antilles-Guyane. La Martinique, livrée à elle-même, sur le plan économique, ne reçoit aucune marchandise de l'extérieur de même que ses exportations sont des plus aléatoires.

Frais de port : G R A T U I T

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