Traditionnellement on pense à la préparation du prochain Festival Culturel de Fort-de-France, dès la clôture de celui qui est en cours. Le Festival 2009, est-il perturbé par la crise de février ?
Danièle MARCELINE : Dès la fin de l’année 2008, nous savions que nous aurions un budget plus modeste et nous étions un peu en stand-by quant à la programmation. Le Budget du Sermac est globalement de six millions d’euros. Ce budget a été diminué de 400 mille euros. L’année dernière la part du Festival a été de 1,2 millions. Cette année il est de 850 mille euros. C’est très difficile, nous devons jongler et faire preuve d’imagination. Nous ne pourrons pas avoir plusieurs grosses troupes de l’extérieur comme cela était le cas aux cours d’années précédentes. Aimé Césaire disait que pour promouvoir notre culture qu’il fallait s’ouvrir sur le monde. Cette ouverture sur le monde, cette année sera la Turquie. Bien évidemment le Sermac aura à cœur d’offrir un spectacle de qualité à travers une troupe représentative de la culture turc. Cela coute très cher, mais c’est un choix.
A la naissance du Sermac, il y avait beaucoup de troupes africaines invitées. Aimé Césaire me disait que le rééquilibrage cultuel entre l’Afrique et l’Europe était important. Il y a beaucoup moins de troupes africaines invitées, cela veut-il dire que c’est bon, que les Martiniquais ne rejettent plus la part africaine de leur culture ?
Danièle MARCELINE : Il y a un gros progrès, mais le combat est loin d’être gagné. Grâce, justement, au Sermac nous avons pris conscience de la richesse et de l’importance de l’apport africain dans notre culture. Néanmoins, pour beaucoup, il y a encore mépris et, quand il n’y a pas mépris, il y a méconnaissance. Lorsque les gens parlent de l’Afrique, ils reproduisent ce que les médias dominants en disent. Cette année il n’y aura pas de troupe africaine, le rôle du Sermac est également, et ce n’est pas à vous que je vais affirmer cette nécessité, de se réapproprier un regard multiple sur le monde. Cette année nous profitons de la contrainte budgétaire pour mettre en valeur nos propres talents.
Mais c’est scandaleux, ce que j’entends-là !
Danièle MARCELINE : Pourquoi est-ce scandaleux ?
Parce que j’aurai aimé que le talent martiniquais profite également des moments où les caisses du Sermac sont pleines …
Danièle MARCELINE : Ce que je viens de dire n’intéresse pas la rémunération de l’artiste, je ne parle pas du cachet.
Une troupe martiniquaise reconnue par la société martiniquaise est-elle payée aussi cher qu’une troupe française reconnue par la société française ?
Danièle MARCELINE : Oui, et je prends deux exemples. Par rapport à une troupe martiniquaise à la Martinique ou par rapport à une troupe martiniquaise mais qui évolue en France hexagonale, ce qui changera se sont les frais d’approche, c’est-à-dire le transport, la nourriture, l’hébergement et, c’est énorme, mais au niveau du cachet de l’artiste, le cachet sera le même. Je découvre avec effroi les frais annexes dont les charges sociales. Je pense qu’il y a une réflexion à mener au niveau de l’artiste au niveau nationale, parce que ce n’est pas un problème martiniquais. Il faut continuer à progresser sur le statut de l’artiste dans une société moderne.
Notez-vous une résistance à payer un prix fort parce qu’il s’agit d’une troupe martiniquaise ?
Danièle MARCELINE : Non, absolument pas. Les Martiniquais acceptent de payer pour les artistes qu’ils ont reconnus et qu’ils aiment. Ces artistes demandent leur cachet, ils l’obtiennent, au guichet le spectateur paye sans problème.
Compte tenue de la crise, vous vous attendez à une recette satisfaisante au guichet ?
Danièle MARCELINE : Il y a beaucoup de manifestations qui sont gratuites, mais les prix varient entre dix et trente euros. Les prix n’ont pas augmenté par rapport à l’an dernier et la locomotive restera à trente euros.
Finalement le rôle et la vocation du Sermac a-t-il changé ou estimez-vous qu’il y a encore un problème identitaire à la Martinique ?
Danièle MARCELINE : Le rôle du Sermac n’est pas seulement la promotion de l’identité martiniquaise. Le Sermac dans son essence a toujours sa raison d’être, on peut modifier son organisation, on peut diversifier par rapport à ce que c’était au départ, car il faut tenir compte de l’évolution des choses mais le rapport de l’homme à la mort, à la vie, quelles sont ses valeurs, comment ils se les approprient, les notions de respect, les notions de tolérance, la culture aura toujours son rôle à jouer et en ce moment peut-être encore plus qu’avant, parce que tout en se reconnaissant et en s’acceptant martiniquais les gens, ont l’angoisse d’aujourd’hui parce que les choses semblent échapper à tout le monde. Cette angoisse peut se traduire par une certaine intolérance à l’autre et une certaine agressivité, Seule la culture peut permettre de s’ouvrir les armes à l’autre et nous avons tous à gagner dans l’échange.
Finalement, sous prétexte d‘identité, la culture chez nous n’a-t-elle pas un coté trop festive ?
Danièle MARCELINE : C’est un vrai danger et je vous remercie de poser cette question. J’entends certaines personnes dire la culture c’est la fête. La culture, ce n’est pas la fête. Ce n’est pas une bête relation commerciale du producteur au consommateur où l’on produit, on paie pour vous regarder et les gens consomment. Je ne dis pas que la fête n’est pas nécessaire mais lorsque l’on est un service d’actions culturelle, cela ne peut-être ça. Nous avons le devoir de transmettre et de vivifier notre patrimoine culturel. Il faut donner des armes pour que la créativité, des artistes, des peintres et autres créateurs, s’exprime et réponde aux préoccupations du monde moderne. C’est beaucoup de défis et si nous nous cantonnons à la fête, nous aurons loupé le coche.