Notre photo : Nouveau visage de la droite martiniquaise
Les partisans de l’article 73, présents dans la salle, ont applaudi à tout rompre. Normal, c’était confirmation de ce qu’ils répètent dans les mornes et dans les campagnes à savoir : l’autonomie est un pas vers l’indépendance. Par contre, l’air surpris et même consterné, en tout cas soudain attentif, d’un chaud partisan de l’article 74, était inquiétant. Dit par le chef de l’Etat cette évidence eut l’air de prendre une autre dimension, sortait du domaine de l’abstrait pour entrer dans un concret qui se compte en mois. On a souvent comparé les rapports des Martiniquais et des Français comme rapports père et fils. Papa blanc dit-on, on encore mère patrie. L’image n’est pas exacte. Dans les rapports père fils, le fils n’a qu’une envie : devenir adulte et voguer de ses propres ailes. Idem pour la fille.
Je suis celui qui à écrit qu’il refusait la littérature de la victimisation et que le passé, en aucun cas, ne doit nous tirer par le bas. Mais, pour comprendre, il faut avoir présent à l’esprit la stratégie carnassière et tueuse de mémoire de la bibliothèque officielle, si on veut appréhender le présent et réussir le futur. Nos rapports avec la France sont malsains et directement liés au reformatage, la Bible du curé d’une main et le fouet de l’esclavagiste de l’autre, du transplanté d’Afrique. Ce, pendant deux siècles. Après l’Abolition l’Education religieuse, puis l’école laïque, continuèrent à meubler l’imaginaire de l’Africain devenu martiniquais de son néant entretenu et de son infériorité affirmée d’où, lui disait-on, la nécessité de conserver un cordon ombilical intact. Alors, ma génération sur les bancs de l’école ânonna avec conviction : « Nos ancêtres les Gaulois. » Dans nos livres de lecture, nous n’avions jamais le beau rôle. Jamais on ne nous parla du courage, des révoltes de l’esclave, de son génie pour sa survie dans un milieu totalement hostile, ou tout simplement de sa simple humanité. Au point où, désespérée de la misère et de l’imagerie qui s’attachaient à sa peau noire, la femme mit en place la fameuse stratégie du sové lapoa, visant à éclaircir la race, en ordonnant à sa fille de ne jamais épouser un homme noir. La Négritude ne fut pas potion magique qui d’emblée restitua à l’homme noir fierté et dignité, elle eut besoin d’une forte offensive pédagogique à travers le service culturel mis en place au début des années soixante dix par Aimé Césaire. La réaction de ce partisan du 74 face à une évidence rappelée par le chef de l’Etat révèle des soubresauts d’un traumatisme à la peau dure, s’étant déjà exprimé en 2003 à travers un chatansac.
INQUIET LA OU IL FAUDRAIT SE REJOUIR.
En 2009, la volonté des Martiniquais, qu’ils soient partisans du 73 ou du 74, est de développer leur pays afin de rayonner tant sur le plan économique que culturel, d’abord et avant tout, sur la scène martiniquaise, ensuite enclencher une offensive victorieuse vers nos voisins immédiats et enfin, prendre notre dû auprès des instances bruxelloises en assurant notre place sur le marché européen.
Alors, si l’hypothèse du Président de la République « plus une collectivité devient autonome, moins l’Etat a de prise sur les affaires qui la concernent. Plus une collectivité est autonome, plus elle doit s’assumer » se confirme, cela voudra dire que Paris et Fort-de-France ont réussi, ont su adapter la loi d’Assimilation de 46 aux réalités modernes et mondiales. « Moins l’Etat a de prise sur les affaires qui la concernent » quoi de plus normal ? Quelle serait la signification de l’intervention d’un fonctionnaire de l’Etat dans les négociations commerciales entre Sainte- Lucie, Trinidad, où le Vénézuéla ? Le Président dit également que le Préfet devra avoir plus de pouvoir. Là aussi, rien de plus naturel, le Préfet garant des droits régaliens de l’Etat a besoin de réagir en urgence et sans dépendre d’un ministre de tutelle installé à Paris.