Notre Photo : Ce lundi gras, comme chaque année, les jeunes de Schœlcher ont respecté la tradition « an pijama lévé ». Sauf que le pyjama a petit-à-petit, complètement disparu.
Certes, pour l’heure, nos frères Haïtiens sont confrontés à l’urgence d’un quotidien tragique après le terrible tremblement de terre mais, c’est leur rendre hommage que de signaler leur pragmatisme dans la gestion de leur histoire, de leur passé notamment en ce qui concerne le carnaval : « Après 1804, la ville de Jacmel en Haïti participe à la lutte d’émancipation de l’Amérique latine. Le 12 mars 1806, le précurseur de l’indépendance vénézuélienne, Francisco deMiranda, crée dans cette baie le drapeau de son pays en surmontant du jaune de l’Espagne les bandes horizontales bleue et rouge du drapeau haïtien. En 1816, JACMEL accueille le libertador vénézuélien, Simon Bolivar, qui en repartira chargé d’armes et de munitions et accompagné de nombreux volontaires haïtiens. » C’est ce que l’on apprend sur les dépliants touristiques, parlant du Carnaval de Jacmel. En bref, Haïti a déjà eu une activité de pays libre débarrassé de la tutelle coloniale, l’imaginaire est donc alimenté par les ingrédients d’un bouillonnement interne, fort de la défaite des esclavagistes. Cette fermentation alimente l’Art sous toutes ses formes et le créateur haïtien à toute liberté, quant à son passé. Il est donc capable de critique, de distanciation, de dérision, quant à lui-même. Cette dérision à Jacmel a engendré une véritable industrie du masque. La rue avec détachement, raconte l’histoire d’un peuple. Chez nous, cette dérision, ce recul, quant à notre passé, n’est pas évidence. Lorsque la rue parle de l’esclavage, c’est avec gravité. Alors, le descendant d’esclavagiste se sent agressé, le descendant d’esclave s’autocensure, nous privant d’une créativité spontanée. Que la première république noire du monde soit restée sur la première marche de son envol est un autre chapitre dont la base est la contre offensive de la France lui imposant une dette indue, dans l’indifférence complice des autres nations.
L’EXEMPLE TRINIDADIEN.
À Trinidad, l’aristocratie est indienne. Les Indiens n’ont jamais été esclaves. Et, sans état d’âme, ils ont fait irruption dans la modernité. Leur philosophie en matière de carnaval est très simple : « le carnaval doit être un fleuron de notre industrie touristique » Alors, sans préoccupation existentielle, ils appliquent la loi du marché : donner au touriste ce qu’il est venu chercher à savoir : dépaysement, rêve et féérie. Alors, les rues de Trinidad ne racontent pas, ou si peu, le passé. Vous avez le choix : ou vous êtes simple spectateur, dans ce cas devant vos yeux émerveillés défilent des chars rivalisant d’ingéniosité, ou vous êtes actifs alors votre costume (payé cher) vous attend et vous vous défoulez en hurlant à pleins poumons, en bougeant tout ce qu’il y à bouger, en côtoyant des créatures de rêves. Et, lorsque vous reprenez l’avion pour l’Europe ou pour l’un des pays des Amériques, ou encore pour la …Martinique, votre compte en banque vacille, mais celui de Trinidad, l’année dernière, s’est enrichi de quatre vingt millions de dollars.
A part ça, c’est nous les meilleurs !
Tony DELSHAM